Pour cette série des « Dossiers du Développement
durable », PricewaterhouseCoopers et Ecobilan ont choisi de
traiter de divers sujets auxquels doivent faire face les entreprises
qui s’engagent dans une démarche de Développement durable.
Ces dossiers ont pour objectif de fournir des clés de compréhension
ainsi que des pistes de réflexion pour les décisions futures.
Depuis sa création après la seconde guerre mondiale,
la Politique Agricole Commune (PAC) a suscité des débats
dans les instances européennes. D’ailleurs, la
PAC est à l’heure actuelle un des thèmes
de confrontation à la table du G5. Celle-ci engloutit
chaque année à peu près la moitié
de tous les moyens de l’UE révélant ainsi
la place fondamentale de l’agriculture et des industries
de transformation associées dans le développement
de l’Europe.
Secteur à gros budget, encadré par des lois et
des règles strictes, dirigé par des instances
spécifiques, souvent source de nombreuses polémiques,
le monde agricole requiert une attention particulière.
De plus, les responsables politiques et les consommateurs sont
de plus en plus sensibles aux sujets de développement
durable. L’agriculture et les activités qui lui
sont associées ont des impacts importants sur l’environnement.
Les Etats ont donc conscience que des mesures sont indispensables.
La France montre l’exemple puisque des initiatives nationales
et régionales sont déjà prises par le gouvernement.
Le Ministère de l’agriculture et de la pêche
accomplit de nombreuses missions qui impliquent à la
fois les hommes, les territoires et les produits.
Ce dossier appuie la démarche des responsables politiques
puisqu’il a pour but d’encourager les acteurs
du monde agricole dans les démarches de développement
durable. Il décrit les enjeux associés au secteur,
les problématiques environnementales, économiques
et sociales auxquelles il est confronté. De l’amont
agricole à la consommation des produits (agroalimentaire)
ou à leur utilisation industrielle (chimie verte), les
pratiques agricoles doivent préserver l’environnement
tout en assurant l’avenir de l’industrie agro-alimentaire.
1 L’amont agricole
L’agriculture, élément clé de
souveraineté alimentaire, de protection du territoire
et de développement économique et social…
L’agriculture est une activité vitale dans toutes
les sociétés car elle est une source irremplaçable
de notre alimentation et ainsi la base de notre santé.
Mais elle est beaucoup plus : élément clé
de souveraineté alimentaire elle est aussi porteuse de
nombreux bénéfices économiques, sociaux
et environnementaux. L’agriculture est un secteur d’activité
important de par les revenus qu’elle génère.
Le secteur est créateur d’emploi et source de développement
économique et social. De plus, en tant que gestionnaire
d’une grande partie du territoire, l’agriculture
préserve les paysages et les espèces et assure
ainsi la biodiversité des milieux agricoles.
…mais responsable de problèmes écologiques
et sanitaires
Pourtant, le monde agricole est gourmand de ressources naturelles
telles que l’eau, consomme des engrais dont la production
provoque des impacts environnementaux importants, et provoque
des rejets aqueux et des déchets. En Europe, l’agriculture
contribue par exemple à quelque 10 % des émissions
de gaz à effet de serre et contribue ainsi au réchauffement
climatique dont elle est d’ailleurs la première
à subir les conséquences. Au-delà des aspects
environnementaux, le monde agricole doit également répondre
aux exigences du consommateur. Depuis les crises sanitaires
qui ont touché le secteur, l’agriculture n’est
plus l’affaire de l’exploitant mais celui du consommateur.
Aujourd’hui, un produit d’origine animale par exemple
doit être sain, de qualité et avoir une valeur
éthique.
L’agriculture durable : la garante d’un environnement
sain, de l’équité sociale et de la viabilité
économique
Dès lors, les agriculteurs doivent impérativement
répondre à ces exigences et changer de paradigmes.
Un passage des méthodes conventionnelles aux méthodes
durables est indispensable pour la sauvegarde de la profession,
des êtres vivants et de la planète. Lorsque l’on
parle de l’agriculture conventionnelle, on parle de la
taille importante des exploitations, de la concentration des
productions, de l’innovation technologique, du recours
massifs aux intrants, du fort investissement dans l’innovation
technologique,…L’exploitant conventionnel ne vit
et n’agit que pour l’évolution et l’accroissement
de son exploitation : Agrandir, innover, améliorer sa
performance, progresser et concurrencer sont ses maîtres
mots. Dénoncer une telle philosophie est donc très
facile : ses dérives productivistes et ses tendances
destructrices sont rapidement contrecarrées par une agriculture
plus raisonnée, des principes neufs et durables.
La définition la plus cohérente de l’agriculture
durable que nous pouvons établir reprend le triptyque
du rapport Brundtland de 1987 : une agriculture durale doit
être économiquement durable, écologiquement
saine et socialement équitable. Un exploitant agricole
pourra se revendiquer « durable » s’il respecte
les 27 principes de la déclaration de Rio, « le
sommet de la Terre » de 1992. Si on les rapporte aux domaines
de l’agriculture, ces principes peuvent se regrouper en
4 dimensions expliquées notamment par les CIVAM (Centres
d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le
Milieu rural) :
- L'efficience économique : systèmes de production
économes et autonomes, revenus décents,
- L'équité sociale : partage des richesses,
des droits à produire et du pouvoir de décision,
- La protection de l'environnement : préserver la
fertilité des sols, la biodiversité, les paysages
la qualité de l'air et de l'eau,
- La culture et l'éthique : respect des générations
futures, des communautés rurales et paysannes. Gestion
participative de l'espace et des modes de production d'aliments
de qualité.
L’agriculture durable est donc un des facteurs de survie
de l’agriculture, le maillon essentielle de notre chaîne
alimentaire puisqu’il approvisionne les Industries Agro-alimentaires
(IAA) et alimente les habitants de la planète.
2- L’agro-alimentaire
70% des produits agricoles nécessitent une transformation
avant d’être consommés, faisant ainsi de
l’agroalimentaire le premier partenaire des agriculteurs.
Par son engagement dans le développement durable, l’Industrie
Agroalimentaire (IAA), le deuxième maillon du système
(schéma ci-dessous) contribuera donc à la réussite
du projet de valorisation de l’environnement.
L’agro-alimentaire : est le premier secteur de l’industrie
française, devant l’industrie automobile ou l’industrie
électrique & électronique avec en 2003 un
chiffre d'affaires de 136 milliards d'euros. Constituée
de 10 840 entreprises, dont 3 100 de plus de 20 salariés,
elle est le deuxième employeur industriel avec 421 000
salariés. Industrie très présente sur le
marché des exportations, sa compétitivité
représente un enjeu majeur. Aujourd’hui, les défis
mondiaux ont évolué ; les consommateurs et responsables
politiques sont de plus en plus sensibles aux problèmes
d’environnement. Désormais, la compétitivité
dépend en partie des performances environnementales des
produits.
Les impacts environnementaux de cette industrie sont significatifs
vis-à-vis de ceux de l’ensemble des industries
françaises : 20 % du volume d’eaux résiduaires
polluées sont rejetées par l’ensemble de
l’industrie, l’agroalimentaire représente
plus de 10 % de la consommation énergétique de
l’industrie française1. Ces chiffres sont encore
plus significatifs si l’on considère l’ensemble
de la filière : la consommation énergétique
des industries agro-alimentaires s’élève
à 6 millions de TEP (Tonnes Equivalent Pétrole),
mais atteint 21 millions de TEP lorsque l’on inclut les
activités de commerce, transport, stockage et consommation
des produits alimentaires ii.
Ainsi, pour réduire ces impacts, il faut les connaître
de façon qualitative et quantitative, identifier leurs
origines en termes de procédés puis de flux directement
prélevés ou rejetés dans le milieu naturel.
Parmi les différents outils de gestion de l’environnement
à la disposition de l’industrie (écoaudit,
études déchets,…), les écobilans
garantissent une qualité environnementale par une approche
« produit ». L’écobilan ou Analyse
de Cycle de Vie constitue un bilan quantifié des échanges
de matières et d’énergie. Il définit
un cadre pour une méthode d’évaluation prenant
en compte l’utilisation de ressources et les émissions
de polluants aux différentes phases du cycle de vie d’un
produit : extraction de ses matières premières,
transformation, production et utilisation du produit et mise
en déchet. Les problèmes environnementaux suivant
sont pris en compte : l’épuisement des ressources
énergétiques, l’effet de serre, la toxicité
humaine, l’écotoxicité aquatique, l’écotoxicité
terrestre, la formation d’ozone, l’acidification
et l’eutrophisation, le bien-être animal, la qualité
du paysage et la biodiversité. Il permet ainsi la maîtrise
des intrants, des émissions, des rejets et des risques
liés aux activités agroalimentaires.
Pour diminuer les impacts environnementaux révélés
par ces Analyses de Cycle de Vie, les IAA doivent donc entreprendre
des démarches à toutes les phases du cycle de
vie de son activité. L’INRA par exemple a fait
de nombreuses recherches et mis en application la méthode
ACV, dans le cadre de son programme « Porcheries vertes
» pour l’évaluation environnementale des
exploitations porcines.
L’Association Nationale des Industries Alimentaires (ANIA)
quant à elle va au-delà d’une approche «
produit » et environnemental puisqu’elle fixe également
des objectifs économiques et sociaux.
Sur les thèmes environnementaux, certaines IAA coopèrent
avec l’amont agricole en s’approvisionnant en matières
premières issues de l’agriculture durable. En effet,
désormais, l’agriculture et l’agroalimentaire
ont un objectif commun de qualité, de sécurité,
d’hygiène et d’approvisionnement. Au sein
des produits agro-alimentaires, la tendance actuelle et à
long terme du marché entraîne une diminution de
la part de la production des ingrédients alimentaires
par rapport aux opérations non alimentaires : préparation,
emballages, etc. Dès lors, éco-concevoir les emballages
permet de réduire à la source les déchets
d’emballages ménagers. Les dispositifs législatifs
français et européens de la prévention
des déchets insistent de plus en plus sur la prévention
et la réduction de la production et de la nocivité
des déchets en agissant sur la fabrication et sur la
distribution des produits. La réglementation impose des
initiatives en terme de qualité des eaux rejetées
et de limitation des émissions de fluides frigorigènes.
Les IAA doivent minimiser leurs émissions de GES liées
au transport, néanmoins, la collaboration avec les entreprises
de transports est difficile. Les IAA ont souvent des exigences
de délais de livraison très précises auxquelles
les compagnies ferroviaires peuvent répondre difficilement,
le transport des marchandises n’étant pas prioritaire
par rapport à celui des voyageurs.
D’un point de vue social, les IAA doivent garantir des
emplois durables. Une entreprise doit s’engager à
reconnaître et à valoriser les compétences
de ses salariés et diversifier leurs savoirs, afin d’éviter
notamment des problèmes de réemplois lors de changement
d’activité de l’entreprise. De plus, les
jeunes boudant de plus en plus ce secteur, il est important
de rendre attractif les métiers des IAA auprès
des étudiants afin de répondre aux besoins en
ressources humaines. Enfin, suite aux crises alimentaires des
années 99-2001 (vache folle, dioxine, listeria…),
les consommateurs exigent des produits sains et sont de plus
en plus attachés à leur origine. La traçabilité
est en France encadrée par le code français de
la consommation, une directive européenne de 1989 et
le nouveau règlement européen sur la législation
alimentaire entré en vigueur en début d’année.
Chaque acteur de la chaîne alimentaire est responsable
de la traçabilité de son domaine d’activité
(origine des ses matières premières et destination
des produits) et de l’information des consommateurs.
L’agroalimentaire, comme toute industrie, doit préserver
sa viabilité économique et sa productivité
nationale et internationale. Développer le marché
national et le marché des exportations, encourager la
R&D et l’innovation sont des caractéristiques
clés d’un secteur économiquement puissant.
Toutes ces actions développées par l’ANIA
dans un programme de 12 actions montrent l’intérêt
des IAA pour la mise en place de politique de développement
durable. De l’amont agricole à la transformation,
les agriculteurs et les industries agroalimentaires doivent
coopérer et participer ensemble à la réussite
du projet de développement durable. Néanmoins,
il reste encore des failles dans ce projet. De nombreux exploitants
(surtout les petits) se plaignent notamment d’une précarisation
économique et sont donc contraints de trouver de nouvelles
sources de revenus. En effet, les prix de vente ne permettent
plus de couvrir les charges, rémunérer la main
d’œuvre et de rembourser les emprunts causant de
l’endettement excessif. En 2002, 34% des exploitations
françaises étaient concernées par cette
situation précaire On constate que malgré l’augmentation
des cheptels, les revenus des agriculteurs baissent : la production
mobilise plus de capitaux (mise aux normes) et la valeur du
cheptel diminue. Dès lors, les agriculteurs se tournent
vers de nouveaux moteurs de développement.
3- La chimie verte
Aujourd’hui, de nouveaux débouchés se développent.
Les filières non alimentaires, comme la chimie verte
et la production de biocarburants vont être source de
revenu pour les agriculteurs. Au-delà des avantages économiques,
la chimie verte et les biocarburants sont les pratiques nouvelles
du monde agricole qui vont participer activement au projet de
lutte contre le changement climatique. En effet, la valorisation
des produits issus de la biomasse est un volet important du
Plan Climat 2004.
La biomasse, partie biodégradable des produits et déchets
issus de l’agriculture, peut fournir de l’énergie
par combustion ou fermentation. Cette énergie a un bilan
énergétique favorable puisqu’elle n’émet
pas de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.
Ainsi, les agriculteurs, producteurs de biomasses, deviennent
des acteurs majeurs de la protection de l’environnement.
La problématique des carburants fossiles et plus précisément
du pétrole est au cœur des débats sur l’environnement.
La combustion du pétrole rejette 10 milliards de tonnes
de CO2 dans l’atmosphère chaque année (42
% des émissions globales de CO2), provenant en grande
partie des transports.
La recherche d’alternatifs au pétrole devient
donc un enjeu de taille. Des efforts sont actuellement entrepris
pour substituer progressivement le pétrole par les biocarburants
par exemple.
En 2003, la directive européenne sur la promotion des
biocarburants fixe à 5,75% la quantité de biocarburant
devant être incorporée dans les carburants en 2010.
Pour répondre à cet objectif, la France a annoncé
en septembre 2004 un plan biocarburants visant à tripler
la production d’ici 2007. Les nouveaux volumes de biocarburants
en 2005, 2006 et 2007 bénéficieront d’une
exonération partielle de la TIPP comprise entre 33 et
38 €/hl
Les deux familles de biocarburant développées
en France sont le biodiesel issu du Colza et du tournesol (incorporé
au gazole) et le bioéthanol issu de la betterave ou des
céréales (incorporé aux essences). Des
bilans énergétiques des filières de production
de biocarburants2 élaborés par Ecobilan montrent
que ces filières de carburants d’origine végétale
présentent, en termes de bilan gaz à effet de
serre et bilan énergétique, un gain important
par rapport aux filières de carburants fossiles.
La production de biocarburants a atteint environ 430 000 tonnes
en 2004. Les biocarburants ont mobilisé 300 000 hectares
de terres en 2003 (jachère alimentaire) et pourrait en
mobiliser 1,5 à 2 millions d’hectare vers 2010.
Le nombre d’emplois créés ou maintenus aux
niveaux agricole et industriel est évalué à
10,5 emplois par milliers de tonnes pour la filière biodiesel
et à 6,3 emplois par milliers de tonnes pour la filière
bio-éthanol.3
Ainsi, le monde agricole voit naître de nouveaux débouchés
et de nouvelles perspectives de développement tout en
contribuant à la protection de l’environnement.
Ces actions menées par le gouvernement offrent non seulement
un bénéfice environnemental (+13 Mt CO2/an évités
en 20101) mais aussi des bénéfices économiques
et sociaux multiples : valeur ajoutée, emploi, développement
local et rural, qualité. Le créneau est d’autant
plus porteur, que la chimie verte ne se limite pas au biocarburant.
Des substances d’origine végétale sont dans
de nombreux articles de la vie quotidienne tels que le dentifrice,
les produits cosmétiques ou les détergents. Le
problème de la chimie verte reste néanmoins son
coût, mais la hausse du prix du pétrole d’une
part et l’épuisement des réserves mondiales
de pétrole avant la fin du XXIè siècle
d’autre part rendront valide le développement de
cette industrie verte.
Conclusion
Ainsi, entre les pratiques « durables » des agricultures,
les initiatives sociales, économiques et environnementales
des industries agroalimentaires, et l’avenir prometteur
des filières non alimentaires, le monde agricole est
garant de la réussite du projet international de développement
durable.
1. Source : M. Fauconneau (INRA : Institut National de Recherche
Agronomique)
2. Les bilans énergétiques et gaz à effet
de serre des filières de production des biocarburants
3. Source: Ministère de l’Agriculture et de la
Pèche français
