Pour cette série des « Dossiers du Développement durable », PricewaterhouseCoopers et Ecobilan ont choisi
de traiter de divers sujets auxquels doivent faire face les entreprises qui s’engagent dans une démarche
de Développement durable. Ces dossiers ont pour objectif de fournir des clés de compréhension ainsi que
des pistes de réflexion pour les décisions futures.
Le bâtiment, un secteur au coeur du Développement durable
Le secteur du bâtiment réunit autour de ses problématiques un nombre important d'acteurs : maître
d'œuvre, maître d'ouvrage, industriels, sociétés de services et organismes institutionnels travaillent
ensemble sur un projet commun : la construction et la gestion durable de notre patrimoine.
Les problématiques clefs dans le bâtiment
Le flux annuel de construction de 300 000 logements ajouté
aux 30 millions1 de logements existants souligne le dynamisme
du secteur. L’achat immobilier est le plus conséquent
le long de la vie d'une majeure partie des français,
quand ils peuvent l'envisager ; pour les autres, le budget location
de son appartement
est un des postes mensuels les plus importants. La montée de l’investissement
immobilier français accentuée par la participation
des investisseurs étrangers tire la croissance nationale
vers le haut. L’essor continu du secteur du bâtiment
invite tous les acteurs énoncés précédemment
à se préoccuper des problématiques liées
à la construction.
L’interaction entre ces différents acteurs se déroule
à une échelle locale. Les acteurs sont confrontés
à des problématiques propres à leur territoire.
Un projet de construction est ancré dans celui-ci : il
mobilise les personnes (usagers, habitants, professionnels) et
les moyens (transports, infrastructures) d’un pays et plus
précisément d’une région. Dès
lors, il doit concevoir un « programme » répondant
au besoin et prenant en compte les évolutions potentielles
de l’ouvrage. La construction suit les règles de
l’art afin de fournir une garantie décennale.
Cependant, certains donneurs d’ordre minimisent leurs coûts
de construction afin de revendre plus facilement aux usagers,
oubliant de ce fait certaines caractéristiques et performances
du bâtiment, par exemple : l’intégration de
l’ouvrage dans son paysage, sa participation à la
vie sociale, ses caractéristiques de confort et l’éco-gestion
du bâtiment. Or un ouvrage est un bien qui dure. Il se transmet
d’un usager à un autre. Ainsi, ce manque de performance
suit le bâtiment durant toute sa durée de vie.
Les enjeux sont donc conséquents de la construction à
l’utilisation.
- Les choix orchestrés par l’architecte à
la conception guident un large faisceau de choix dans le bâtiment.
Sur ses conseils, le donneur d’ordre décide de la
structure (béton, bois, acier, brique ou une combinaison
de ces matériaux) et du mode de chauffage (électrique,
gaz, bois, panneaux solaires, solaire thermique).
- Dans le cycle de vie d’un bâtiment classique (non
« optimisé »), 80% des impacts environnementaux sont dus à
l’utilisation. Les comportements des usagers sont donc primordiaux.
On parlera de comportement « dépensiers » ou
« économes ». Dans le cas d’un bâtiment
optimisé, les impacts environnementaux durant le cycle
de vie de l’ouvrage sont partagés entre la production des produits
de construction et l’utilisation du bâtiment.
- La période durant laquelle un logement est occupé
par une même famille tend aujourd’hui à se raccourcir.
Le temps de retour sur investissement d’équipements,
améliorant les performances environnementales d’un
bâtiment, devient ainsi plus long que la durée du
séjour de l'occupant qui aurait investi dans l'équipement.
Or, l’occupant ne valorise pas son investissement
à la revente. Il décide donc souvent de ne pas investir.
Aspects clefs de Développement durable
Avec des émissions de 120 millions de tonnes de CO2,
c’est-à-dire 25% des émissions nationales,
et une consommation de 70 millions de tonnes équivalent
pétrole, le secteur du bâtiment est le plus gros
consommateur d’énergie et à l’origine
d’une grande partie des rejets de CO2 nationaux. Le chauffage
est à l’origine de l’essentiel de ces rejets
et le développement récent de la climatisation accentue
ce constat.
Construire un bâtiment provoque des impacts directs et
indirects sur l’environnement à tous les niveaux
de son cycle de vie : utilisation des matériaux, transport
des produits, mise en œuvre des bâtiments, utilisation
du bâtiment (fonctionnement, impacts en utilisation courante,
maintenance, rénovation) et déchets en fin de vie
(réutilisation, recyclage et valorisation énergétique).
Le maître d’oeuvre, présent
aux premières
phases de la vie du bâtiment, est en charge de la performance
du bâtiment et du respect du programme. L’architecte
est au cœur d’un SME2 qui vise à minimiser l’impact
sur l’environnement. (cf : Référentiel du
système de management environnemental pour le maître
d’ouvrage décrivant la norme ISO 14001 appliquée
au bâtiment.). Le maître d’ouvrage peut impliquer
tous les acteurs, les informer et les encourager à prendre
leurs responsabilités en terme de protection de l’environnement.
L’architecte, chef d’orchestre de la construction
HQE
La construction HQE s’adapte à l’environnement
et assure la qualité des espaces et le bien-être
des usagers en terme de confort. Elle réunit tous les acteurs
et les sensibilisent à une démarche globale de minimisation
de l’impact d’un bâtiment. 14 cibles ont été
définies pour permettre aux architectes de se fixer des
objectifs de travail. Selon les cibles, l’architecte se
fixe des moyens lui permettant de les atteindre de façon
« optimum » ou simplement « normale ».
| Maîtriser
les impacts sur l’environnement
extérieur |
 |
Créer
un environnement
intérieur satisfaisant |
| Eco-construction |
|
Confort |
1.
Relation harmonieuse
des bâtiments
avec leur environnement
immédiat
2. Choix intégré
des procédés
et produits de construction
3. Chantiers à
faibles nuisances |
|
8.
Confort hygrothermique
9. Confort acoustique
10. Confort visuel
11. Confort olfactif |
 |
 |
 |
| Eco-Gestion |
|
Santé |
4.
Gestion de énergie
5. Gestion de l’eau
6. Gestion des déchets
d’activité
7. Gestion de l’entretien
et de la maintenance
|
|
12.
Qualité sanitaire
des espaces
13. Qualité sanitaire
de l’air
14. Qualité sanitaire
de l’eau |
|
Les constructions dites « HQE »
(i.e. dont le maître d'ouvrage a appliqué la démarche HQE)
suscitent un grand intérêt,
mais la pratique ne s'est pas encore généralisée.
Lors des Assises de la HQE à Reims en 2005, l’association
HQE a présenté une étude recensant près
de 600 projets HQE. Des efforts restent cependant à faire
au vu des dizaines de milliers de constructions
existantes n'ayant pas suivi la démarche HQE lors de leur construction ou de leur rénovation.
L’Etat et les collectivités vont dans ce sens et montrent l’exemple
en encourageant cette démarche aux enjeux environnementaux
(réduction des impacts énergétique et environnemental
des bâtiments), économiques (coût global) et
sociaux (qualité et confort des bâtiments). Dans
son combat pour la réduction des émissions de CO2,
l’Etat prévoit que 20% de ses nouvelles constructions
intègreront les exigences du référentiel
HQE, du label Haute Performance Energétique (HPE) ou d’un
référentiel équivalent.
L’architecte, le contrôleur de la conformité
des réglementations thermiques
En obtenant son permis de construire, l’architecte s’engage
à respecter les règles générales de
construction. Si la réglementation thermique de 2000 a
envisagé de manière détaillée les
consommations pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire,
la ventilation, l’éclairage du tertiaire, elle n’intègre
toujours pas les exigences destinées au confort d’été
(la climatisation). De plus, la RT 2000 s’applique aux bâtiments
neufs et aux parties nouvelles des bâtiments. En revanche,
les travaux de rénovation ne relèvent pas de cette
réglementation.
La réglementation thermique 2005 à venir inclut
le confort d’été mais semble ne pas combler
la seconde lacune : la prise en compte de la RT 2005 dans
les projets de réhabilitation ne relèveront
toujours pas de la réglementation.
L’architecte à l’écoute des préoccupations
environnementales des associations et institutions
- L’ensemble du Gouvernement et particulièrement
les ministères chargés de la santé, de
l’environnement, du travail et de la recherche ont mis
en place un Plan National Santé Environnement (PNSE)
qui prévoit d’évaluer le risque sanitaire
et environnemental des produits et matériaux et d’afficher
les caractéristiques de 50% des produits et matériaux
de construction à l’horizon 2010 (étiquetage
et traçabilité). Les architectes auront donc les
informations nécessaires pour choisir les produits en
fonction de la qualité de leurs caractéristiques.
- Des initiatives européennes tel que le programme de
recherche CEPHEUS3 souhaite réduire fortement les impacts
environnementaux à l’utilisation en
proposant des projets de « bâtiments passifs »,
bâtiment où l’on vit confortablement en consommant
aussi peu d’énergie que possible. Rappelons que
dans le cadre d’un bâtiment classique « non
optimisé », 80% des impacts environnementaux sont
à l’utilisation. L’objectif des bâtiments
passifs est d’atteindre des performances environnementales
jusqu’à dix fois plus efficaces que celles des
bâtiments classiques en réduisant les consommations
d’énergie à l’utilisation (cf. schéma)
- L’ADEME incite les entreprise, associations et administrations
à réaliser un bilan carbone et mesurer ainsi les
émissions de gaz à effet de serre qu‘elles
génèrent. (cf. la Méthode Bilan Carbone
de l’ADEME)
Afin de protéger l’environnement, les acteurs,
orchestrés par le maître d’ouvrage, doivent
faire les bons choix et penser sur le long terme. Il est important
de réfléchir avant la construction aux aspects tangibles
(choix de structure, de chauffage, d’exposition, d’isolation,
zone climatique ) et aux aspects intangibles (le bien-être
de l’usager, l’intégration dans le paysage,
la participation à la vie sociale).
Au-delà des considérations environnementales, le
secteur du bâtiment possède un rôle sociétal
primordial intégré dans l’élaboration
des politiques publiques de façon systématique.
L’accès au logement fait partie des besoins humains
élémentaires, bien avant le respect de l’environnement
(pyramide de Maslow).
Facteurs de succès des démarches de Développement
durable dans le secteur du Bâtiment
Une démarche Développement durable doit prendre
en compte trois piliers : l’économie, l’environnement
et le social (cf schéma)
L’ensemble des acteurs doit s’impliquer dans cette
démarche pour la construction du parc neuf et également
la rénovation de l’ancien.
Toutes les étapes du cycle de vie doivent être considérées
: le choix d’équipements et de gros oeuvre ainsi
que le comportement des usagers ont une part similaire et tout
aussi importante dans le succès de la démarche.
Les bénéfices d’une telle démarche
sont identifiés en premier lieu dans les bâtiments
à grand nombre d’utilisateurs. Par exemple, lors de
la rénovation d’un bâtiment ancien, il est
possible de mettre en place un système de récupération
d’eau de pluie. La quantité d’eau de réseau
publique économisée dépend du nombre d’utilisateurs
de l’ouvrage.
Le passage de « l’économie de produit »
à « l’économie de service » est
un autre facteur clef de succès. Cette démarche
améliore la performance des trois piliers (économie,
environnement et social). Par exemple : dans le cas de la problématique
du chauffage, « l’économie de produit »
se résume à la vente d’équipement et
d’énergie ; « l’économie de service
» consiste à garantir un niveau de confort thermique
(par exemple 20°). Dans le second cas, les bâtiments
sont isolés afin de réduire les consommations d’énergie
(cf : le projet MePSS4).
Conception
C’est à l’étape de conception que
s’identifient les leviers d’amélioration de
la performance y compris pour la réduction des impacts
environnementaux.
Il est recommandé de prendre en compte, à cette étape,
le coût global de l’ouvrage. Il s’agit d’intégrer
les différents coûts et sources de revenus de toutes
les étapes du cycle de vie du produit y compris les étapes
d’utilisation et de déconstruction de l’ouvrage.
Cette idée est plus simple à mettre en oeuvre si
le donneur d’ordre est aussi le gestionnaire de l’ouvrage.
Formation
Rappelons que l’architecte est le chef d’orchestre
de la construction d’un ouvrage. Ainsi, ils doivent être
formés notamment à l’intégration de
la démarche HQE, par exemple durant leurs projets académiques.
Le comportement des utilisateurs conditionne les performances
environnementales de l’ouvrage. Ils doivent être sensibilisés
par exemple à travers des campagnes d’informations.
Réglementations
La réglementation relative aux bâtiments est de
plus en plus exigeante. La réalisation d’ouvrage
ayant une performance environnementale supérieure à
celles des bâtiments classiques peut faire objet d’un
argument de vente. En effet, un tel bâtiment peut rester
conforme aux réglementations prospectives. Il ne nécessiterait
pas de travaux de rénovations obligatoires.
Aides
Les organismes institutionnels se mobilisent et soutiennent
les entreprises sur le thème du Développement durable
:
- le Ministère de l’Economie, des Finances et de
l’Industrie,
- le Ministère de l’Equipement, du Transport et du
Logement,
- le Ministère de l’Ecologie et du Développement
Durable,
- la FFB (Fédération française du bâtiment),
- l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise
de l’Energie),
- l’AIMCC (Association des Industries de Matériaux,
Composants et équipements pour la Construction),
- l’association HQE (Haute Qualité Environnementale).
L’ADEME par exemple propose des aides financières
pour la construction de bâtiments respectueux de l’environnement.
En 2002, 2003 et 2004, 140 projets de recherche ou d'études
ont été retenus lors des Appels à Propositions,
représentant un montant total de travaux de l'ordre de
30 millions d'Euros, ADEME apportant une aide à hauteur
de 14,2 millions d'Euros.
Évènements passés et à venir
- Les
Assises HQE 2005 ont eu lieu à Reims le 10 et 11
mars. Tous les aspects du Développement durable ont été
abordés sur le thème « la HQE, instrument
du Développement durable »
- La conférence
sur la construction durable de 2005 (SB05) aura lieu à
Tokyo en septembre prochain. Elle réunira des chercheurs,
des professionnels, des institutionnels du monde entier pour
discuter des évolutions de la « construction durable
.
- Le
salon international de la construction 2005, BATIMAT, aura
lieu du 7 au 12 novembre à Paris. Le Développement durable sera un thème clef du salon.
- La nouvelle réglementation thermique RT 2005
Autres liens
1. Source : ADEME
2. Système de Management Environnemental
3 . Le programme Cepheus, lancé par la Commission européenne,
vise à la construction, l'évaluation scientifique
et l'exploitation de 250 unités d'habitation de type passif.,
dans cinq pays. Neuf bâtiments ont été retenus
en Suisse, Allemagne, Autriche, Suède et un en France.
4. MePSS: Methodology for Product Methodology for Product-Service
Service-Systems.
